Trois souvenirs de ma jeunesse – Arnaud Desplechin

5Plébiscité quelques jours auparavant par le public et la critique au Festival de Cannes, je me décidai suite aux visionnages répétés de la bande annonce à me rendre en salle. D’Arnaud Desplechin j’avais aimé l’histoire de Jimmy P, délicieusement porté par Mathieu Amalric. Je retrouvais dans le dernier né du réalisateur ce comédien singulier que je suis depuis des années. Outre ce comédien aimé, c’est la moue mutine du jeune Quentin Dolmaire, incroyable sosie de mon premier émoi amoureux, qui attisait follement ma curiosité. « Trois souvenirs de ma jeunesse » raconte l’histoire de Paul Dédalus, fraîchement revenu en France après des années passées à l’étranger et que les renseignements soupçonnent d’être un espion.

Paul enfant. Paul adulte. Paul adolescent. Paul jeune étudiant. Paul et ses frères. Paul et sa sœur. Paul et sa mère. Paul et son père. Ses émois, ses colères, ses douleurs, ses fiertés et son insolence. Paul et son terrible désamour envers sa génitrice. Paul et son amour déchirant et déchiré pour Esther. Dans toutes les scènes Paul Dédalus nous conte Paul Dédalus, en trois actes : l’enfance, l’adolescence et la jeunesse et qu’il termine par un épilogue à l’âge adulte. Voici un film qui m’a bouleversée autant qu’il m’a fatiguée, dont j’ai aimé le phrasé des comédiens autant que je l’ai trouvé compassé.

Moderne et antique. Beau et parfois laid. D’une mélancolie qui prend aux tripes. Simple, triste mais vivant, dans sa sinistrose complaisante. Je retire de ces deux heures de film une bienheureuse découverte : Quentin Dolmaire dont la bouille enfantine et les boucles brunes m’ont saisie, mais plus encore le ton docte et théâtral, très original, pas toujours naturel mais dont j’ai apprécié la musique. Le couple formé par Paul et Esther est d’un romanesque adolescent, violent et passionné, qui m’a tiré quelques larmes, rappelant à celle que je suis celle qui a aimé follement aussi, dans la douleur parfois. Merci pour l’écho.

Le réalisateur aime les mots et les offre à ses comédiens en partitions précises et rythmées.  Aussi tragique que lyrique et bourré d’un humour sensible, « Trois souvenirs de ma jeunesse » mène une intrigue qui s’attarde sur les maux de l’adolescence dont Desplechin a su traduire les emportements. Malgré quelques scènes qui s’étirent, je n’ai aucun reproche à formuler, j’en suis sortie dans un état particulier, nostalgique et un peu sonnée. J’aime quand le cinéma me provoque cela.

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16 réflexions sur “Trois souvenirs de ma jeunesse – Arnaud Desplechin

  1. accrochocolat dit :

    merci pour ton avis, j’ai lu un peu en diagonale pour ne pas trop en savoir mais je vais aller le voir c’est sûr (même si le côté verbeux peut m’agacer parfois ) !
    [chroniques d’une chocoladdict ]

  2. filou49 dit :

    Moi aussi j’irais c’est certain- probablement en même temps que choco si le film passe encore lorsque la mamie qui doit garder les enfants vient sur Lyon- même si c’est vrai que le cinéma de Desplechin, trop littéraire, trop pédant m’a souvent un peu trop irrité..mais aussi cela me semble suffisamment romanesque et lyrique pour me séduire… on verra bien.. bonne soirée à toi!!

    • auroreinparis dit :

      J’avais aimé Jimmy P, qui n’était pas pédant et je n’ai pas vu les autres, mais oui, c’est ce que j’ai lu dans certaines critiques. Bizarrement celui-ci m’a pas mal touché, pourtant il a de quoi agacer, je le concède ! Tu m’en diras des nouvelles, et choco aussi !
      Bonne soirée !

  3. pausetartines dit :

    Dans tous les cas un film à voir, qui ne laisse pas indifférent il me semble… Merci pour cet avis qui m’a finalement donné envie de pousser la porte de mon petit cinéma de quartier 🙂

  4. Audrey dit :

    Ce film m’intéresse…mais pas assez pour que je tente le coup de le voir au ciné. J’ai peur de m’ennuyer en fait, j’ai peur que ce soit un film trop intello…apparemment ce n’est pas le cas… mais je vais attendre un peu quand même ! 😉

  5. Isa dit :

    J’attendais de lire les 1eres critiques avant d’aller voir ce film et elles sont plutôt bonnes … l’idée de retrouver Paul Dédalus me séduit beaucoup !
    J’aime bien ta phrase : ‘m’a bouleversée autant qu’il m’a fatiguée’ , un peu comme dans ‘Comment je me suis disputé ( ma vie sexuelle )’ , non ?

    • auroreinparis dit :

      J’adore ce nom » Paul Dédalus », on sent d’emblée le mec compliqué ! Alors je n’ai pas vu ce film de Desplechin, il faudrait que je me rattrape mais si c’est dans la meme veine, ça devrait me faire le même effet !

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