La mort est mon métier- Robert Merle

Je viens juste de tourner la dernière page, et je suis encore sous le coup de l’émotion. Ou plutôt, j’en sors abrutie, comme commotionnée. Je viens de refermer un livre qui illustre avec une force exemplaire comment l’être humain peut en arriver aux actes les plus barbares et les plus atroces sans jamais ciller, ressentir, et même penser. Robert Merle, dans son inquiétant  » La mort est mon métier » retrace l’histoire de celui qui fut l’artisan de la mise en œuvre de la solution finale. Rudolph Lang ( son nom dans le livre) allait concevoir la plus grand machine de mort de l’histoire de l’humanité, par laquelle près de deux millions et demi de personnes, pardon d’unités, allaient passer.

Ca parait brutal, et fou, et j’imagine que l’auteur en a passé des nuits blanches sur ce travail de reconstruction.  Mais ce livre est salvateur et permet d’entrer dans le fonctionnement mystérieux de certains cerveaux humains. A l’instar de l’expérience de Milgram ( notamment relatée dans le film I comme Icare), ce livre prouve que certaines personnes ne peuvent se dérober à la discipline. Si un ordre est donné par une autorité qu’elles considèrent comme compétente, ces personnes l’exécuteront. Que cela choque ou non leur morale n’est pas la question, elles iront jusqu’au bout , donnant raison à l’autorité. Rudolph Lang ( dont le vrai nom est en réalité Rudolph Hoess) est l’un de ceux là. Honnête comme un âne bâté, jusqu’au-boutiste, incapable de traitrise et de mensonge, il se sent terriblement désolé lorsque il se retrouve livré à lui même, à sa propre intelligence et sa propre conscience. Il lui faut toujours quelqu’un pour lui dire ce qu’il doit faire, et cela lui vient d’une enfance stricte à l’extrême, guidée par des habitudes forcenées où pas un  instant ne pouvait être dédié à la liberté. Ajoutons à cela qu’il va rapidement couper tout lien avec la religion chrétienne à laquelle le destinait son père, et voilà un homme absolument corvéable à merci, brute dans sa droiture. Une merveille pour le Reich.

Robert Merle s’attache beaucoup, à travers ce récit à la première personne, à nous faire cerner la personnalité de l’un des plus grands assassins de l’Histoire. Même s’il n’aimait pas les Juifs, et ralliait les idées de son parti, le parti national socialiste, il n’a jamais été fondamentalement ni méchant, ni cynique. Il est toujours parti du principe qu’il avait à remplir les devoirs qui incombaient à son rang. Malgré cela on se rend tout de même compte que son truc pour servir sa Mère patrie était plutôt de se battre, et il a demandé plusieurs fois à repartir au front, mais un homme aussi fondamentaliste, il valait mieux le garder sous le coude pour le projet le plus monstrueux qui soit.

Je n’en suis pas sortie indemne. Bien sur. De nombreuses questions me viennent en tête. Nous venons de « fêter » l’anniversaire de la rafle du Vel d’hiv, et se mettre du côté des bourreaux, les suivre et s’y intéresser change sérieusement la donne. C’était la première que je lisais un témoignage côté SS et l’auteur a rendu un travail impeccable. Perturbant, mais impeccable. Rédigé entre 1950 et 1952, à une époque où déjà l’Europe tentait d’oublier l’inoubliable, il a été assez mal accueilli par la critique. Mais voilà un vrai livre d’Histoire, reconstituant avec une implacable vérité les rouages huilés d’une organisation meurtrière d’une ampleur industrielle.

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6 réflexions sur “La mort est mon métier- Robert Merle

  1. Stephane dit :

    Pour s’en remettre, lire Malevil, du même auteur. Pour un suicide assuré, enchainer sur l’espèce humaine, de Robert Antelme. Pour un chef d’œuvre récent sur la période, HHhH, de Laurent Binet. Bonne lecture 🙂

    • auroreinparis dit :

      Sinon j’ai « Les orphelins du mal  » de Nicolas d’Estiennes d’Orves, est ce que c’est bien pour avoir envie de se suicider? ( Mais merci pour les lectures à ajouter à la PAL et bienvenu ici 🙂 )

      • Lassur-obseques dit :

        Oui « Les orphelins du mal » est pas mal non plus dans le genre ! 😉 Bon personnellement il ne me donne pas l’envie de me suicider (faut pas pousser hein, la vie est belle ^^) mais tout aussi édifiant! Bonne lecture si ce n’est pas déjà fait !

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