[Cinéma] Rosie Davis & Ma vie avec John F Donovan : de l’émotion réaliste à l’emphase éclatante

Rosie Davis – Paddy Breathnach

Je n’avais pas noté ce film dans ma liste, mais mon amie me le proposait pour une sortie cinéma dominicale, parmi deux autres. Je choisi celui-ci, uniquement car le réalisateur, Paddy Breathnach, est celui du fantastique Viva. Il s’intéresse cette fois-ci à une mère de famille. On la rejoint dans sa voiture, ses mômes avec elle, pendue au téléphone, appelant hôtel après hôtel afin de dégoter une chambre pour la nuit. Ils viennent de se faire déloger de chez eux car le propriétaire vend, et il n’y a plus grand chose d’abordable à Dublin, la faute à la flambée des prix immobiliers. L’émotion vous serre le ventre du début à la fin.

Cette quête incessante, la tête dans le guidon, pour trouver un simple logement pour le soir, éviter de dormir dans la voiture. L’urgence en permanence, les amis qui n’aident pas, les brouilles familiales qui empêchent les solutions palliatives. Le film est à la fois remarquablement réalisé, au plus proche de ses personnages, et conçu de manière à éviter le misérabilisme. Je me suis fortement attachée à cette famille qui perd le toit sous lequel elle vivait, et ainsi son accès à une vie sécurisante, c’est à dire à la propreté, à la nourriture, au repos pour basculer brutalement dans la précarité. Le réalisateur signe le portrait sensible, quasi naturaliste, d’une véritable héroïne et de sa magnifique famille.


Ma vie avec John F Donovan – Xavier Dolan

Quittons l’Irlande, mais n’allons pas trop loin, arrêtons-nous en Angleterre pour visionner le dernier Dolan, l’enfant prodige de la réalisation. Autant vous dire que si je n’ai pas bien compris la bande annonce, j’ai encore moins compris l’intention du film. Je n’y suis allée que pour le nom de Dolan qui compte quelques petits chefs d’oeuvre de liberté et d’intensité dans sa filmo. Dans ce dernier opus, il raconte l’histoire, à travers les yeux d’un enfant devenu grand, d’un acteur autrefois célèbre, mort tragiquement. On y retrouve des thèmes fétiches de Dolan : la relation conflictuelle à la figure maternelle, l’absence du père, et la difficulté de grandir homosexuel dans un monde qui ne l’accepte toujours pas.

ll y a de très belles scènes dans ce film, mais globalement j’ai ressenti un sentiment d’artifice pendant les 2h. Nombre de plans et d’idées m’ont semblé raccrochés les uns aux autres avec un flagrant manque de cohérence. Et autant Dolan s’est montré un vrai maître pour faire bondir le cœur dans ses réalisations précédentes, autant j’ai trouvé cette fois qu’il en faisait trop, en montrait trop, en disait beaucoup trop. Je suis restée incapable de ressentir de l’empathie pour ses personnages filmés avec trop d’emphase et de lyrisme, mais assez peu de réalité.  Et cette fois la musique contribue à cette impression de « trop ». Artificialité des émotions, tirades illustratives et lyrisme dégoulinant sont pour moi ce qui caractérisent le plus cette nouvelle réalisation. Mais que Dolan continue de créer, d’explorer sa créativité, ses thèmes fétiches, sans chercher à rentrer dans un cadre, car c’est ce qu’il fait de mieux. J’ai l’impression qu’avec ce film il a voulu toucher un public plus large, sabotant au passage son esprit de liberté.

Avez-vous vu l’un de ces deux films ?

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12 réflexions sur “[Cinéma] Rosie Davis & Ma vie avec John F Donovan : de l’émotion réaliste à l’emphase éclatante

  1. Pascale dit :

    Le premier me fait peur…

    Pour le second, je n’ajouterais pas une virgule tant je suis d’accord.
    Ah si peut être… j’ai eu envie d’euthanasier un enfant…

  2. matchingpoints dit :

    Nous n’avons vu ni l’un ni l’autre ! Le premier doit être dans la lignée des films sociaux anglais, toujours très réalistes et terribles, on les apprécie. Le deuxième ne nous tente pas, votre avis le confirme !
    Bonne soirée

    • auroreinparis dit :

      Bonjour ! Le premier est hyper poignant, le réalisateur est vraiment très très doué …
      Le second, c’est juste dommage, mais il en fera des meilleurs, c’est certain 🙂

  3. tinalakiller dit :

    J’avais énormément aimé Viva, donc j’aimerais vraiment rattraper Rosie Davis !
    Quant au film de Dolan, hélas c’était prévisible face aux problèmes de production et de montage. On sent qu’il manque des bouts dans son film (déjà que de nombreux plans présents dans la bande-annonce ne sont même pas dans le film !), ce qui explique ce manque de compréhension dans les réactions des personnages pour ne citer que cet exemple.

    • auroreinparis dit :

      Diva reste l’un de mes plus souvenirs cinéma. Rosie Davis est plus sobre, c’est un autre genre, mais tout aussi bien filmé.
      Pour le film de Dolan j’ai regardé la bande annonce depuis et je pense aussi qu’il y a eu des soucis de montage. Mais même sans ça, j’ai pas été touchée.

  4. dame skarlette dit :

    Je n’ai vu aucun de ces deux films mais le premier me tentait vraiment, malheureusement il est passé quelque peu inaperçu pour faute de manque de projections dans des salles. Je ne manquerai pas de le regarder dès que je pourrai. Bonne soirée

  5. dasola dit :

    Bonjour Aurore, Rosie Davis est un film qui m’a énormément plu. Cela ne tombe jamais dans le misérabilisme. L’actrice principale est sensationnelle. Je vais mettre ton billet en lien sur le mien. Bonne journée.

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