Revue cinéma : Les bienheureux & A ghost story

Algérie, 2008. Le pays pleure encore ses morts et sort à peine de la guerre civile, meurtrière et traumatisante. Ceux qui sont restés sont fragiles, détruits par les années qu’ils viennent de vivre. Deux familles sont les témoins de la caméra de Sofia Djama, ils ont chacun vécu l’enfer, mais le scénario n’insiste pas dessus. On y voit des peines, des angoisses, des envies d’ailleurs, des disputes mais aussi, un amour sans borne pour ce pays schizophrène, dans lequel les jeunes sont religieux mais fument de l’herbe et boivent de l’alcool.  L’Algérie se cherche un avenir, ses habitants aussi.

Un très beau film, réaliste, douloureux, drôle aussi. Plusieurs visions s’affrontent, entre reconstruire un avenir et fuir un passé. Entre la génération des parents et celle des enfants. Pudeur et retenue, sont les maîtres mots de ce film, qui met à nu les blessures sans insister sur ce qui les a causé. Des dialogues intenses, des scènes de vie, des visages, de superbes plans sur Alger, et une fin en incertitude. Un  premier film courageux sur un pays en deuil.

Difficile de parler de ce film qui ne ressemble  à aucun autre. Un homme habite avec sa compagne, dans une maison qu’elle veut quitter mais à laquelle, lui, est attaché. Un accident. Il quitte son corps physique et erre comme un fantôme sous de lourds draps. Difficile de décrire l’atmosphère, les séquences parfois très longues, et une vision désespérée de la vie humaine.  Casey Affleck incarne, si l’on peut dire, à merveille, cette âme errante mélancolique.

J’en suis sortie très touchée, ce film pose de vraies questions, il est beau, douloureux, très fort. Il interroge sur nos attachements, notamment par delà la mort.  Un voyage au delà du temps, de l’incommensurable absence, du deuil. Un voyage cinématographique très singulier, silencieux, filmé en 4/3, qui bouscule pas mal de codes et de raisonnements logiques. Personnellement, malgré sa lenteur, notamment cette scène interminable de quatre minutes, j’ai beaucoup aimé cette fable métaphorique, autant comme objet cinématographique que philosophique.

Quels sont les films qui vous tentent en cette fin d’année ? 

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4 réflexions sur “Revue cinéma : Les bienheureux & A ghost story

  1. pascale265 dit :

    J’ai aimé les Bienheureux. Les acteurs sont extraordinaires. La jeune fille m’a épatée.
    Cette souffrance et cette volonté d’avancer c’est fort.
    Les jeunes sont quand même en difficulté…

    Ghost story m’a retournée. J’aurais voulu que ce soit plus émouvant mais le dernier quart d’heure et le drap qui s’écroule…jen suis encore choquée.
    La scène de 4 mn c’est celle de la « dégustation » ? Incroyable scène.
    Je ne pensais pas qu’un drap blanc pourrait m’émouvoir un jour…
    J’aime beaucoup ce format carré.

    • auroreinparis dit :

      J’ai trouvé aussi que les acteurs étaient incroyables, très justes dans les Bienheureux.

      Pareil pour Ghost story, je suis srtie dans un état second, il faut dire que j’ai une forte tendance à croire au monde invisible; Et quel audace d’utiliser la figure du drap, qui est la figure enfantine du fantôme. Oui c’est celle de la dégustation, hélas j’avoue m’être endormie deux fois au cours de celle-ci … mais sinon tout le reste du film m’a vraiment happée !
      Belle journée de réveillon !

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