Dans la maison, le dernier Ozon

Après des films sympas mais sans grande valeur ajouté, comme Potiche, François Ozon nous revient dans un film très psychologique, à grilles de lecture multiples, truffé de références littéraires et mythologiques, jalonné de questions et de doutes. Je suis sortie de la salle de cinéma fascinée et complètement empreinte des images et de ce scénario  et n’ai pas réussi à m’arrêter de cogiter, en trouvant à chaque fois de nouvelles pistes de réflexion  Tout commence le jour de la rentrée des classes, à partir de laquelle la caméra va suivre un professeur de français blasé, et un jeune homme particulièrement brillant mais plus versé dans la matière scientifique. Entre eux deux, des personnages secondaires qui vont nourrir leurs fantasmes et leur imaginaires.

Claude  est un adolescent discret, toujours installé au fond de la classe, à la beauté diaphane et angélique, le visage mangé par de grands yeux bleus intelligents. Il se rapproche de Rapha, élève peu gracieux, plutôt borné et limité intellectuellement dont il va faire son disciple pour pénétrer dans sa maison et toucher au plus près à ce qui ressemble au fantasme d’un ménage de classe moyenne menant une vie normale. Claude n’a plus de mère, et un père grabataire. Il cherche la famille, la vie d’un foyer chaud et sans difficulté majeure, et après avoir observé les Rapha depuis son banc, il pénètre chez eux, encouragé par son professeur. Son professeur, marié à une galeriste en mal de clients, décèle en lui un talent inné de l’écriture, et pour qu’il poursuive son roman, il l’incitera à continuer son pèlerinage en classe moyenne.

Cependant, le film n’est pas si simple, Claude ne rentre pas chez les Rapha pour y faire son nid, finalement il ne cherche pas non plus, poussé par un étrange complexe d’Eodipe à prendre la place de Rapha père. C’est bien plus complexe et labyrinthique que ça. Je ne peux en dire plus sans dévoiler l’essence même du film mais j’ai trouvé ce film absolument brillant ! On peut y réfléchir pendant des heures pour essayer de le comprendre, de comprendre la quête de Claude et de son professeur. J’avoue avoir été tentée par ce film essentiellement par la présence de Fabrice Lucchini, acteur fétiche dans mon Panthéon, et je l’y ai trouvé grandiose. Mais j’ai aussi découvert le jeune Ernst Umhauer, éphèbe à la beauté fragile, intense et lumineux bien qu’aux zones d’ombres délicieuses.

Toujours sur le fil du rasoir, entre le roman et la réalité, j’admire la virtuosité d’un scénario qui multiplie les axes de vision et se joue des clichés. Cérébral, alimenté par une vraie culture littéraire, ce film sophistiqué et élégant porté par la grâce de la langue de Molière m’a totalement happée et passionnée du début jusqu’à la fin  » qui ne pouvait pas en être une autre« . Bravo François Ozon !

Et vous, l’avez vous vu ? Qu’en avez vous pensé ?

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17 réflexions sur “Dans la maison, le dernier Ozon

  1. Panama dit :

    avant qu’il le souligne dans le film je pensais à « Théorème » de Pasolini , toutes proportions gardées, oui ce garçon ,admirablement joué par ernst Umbauer, qui séduit et detruit dans la fiction de son roman la plus part de ses personnages, m’a beaucoup plu. Luchini toujours excellent, et kristin scott Thomas admirable en directrice de galerie,qui veut sauver son boulot, ce qui nous donne un pastiche succulent d’inventivité. Oui c’est du bon Ozon, à voir absolument.

  2. céline dit :

    Je suis totalement d’accord avec ta critique. Ce film est un petit bijou, intelligent et vraiment bien amené par 2 acteurs dont la performance m a scotché!

  3. petiiteconne dit :

    Comme exprimé sur mon blog, j’ai beaucoup aimé le film… à part son dernier tiers dans lequel j’ai connu quelque chose qui ressemblait à de l’ennui oui. Malgré tout un bon cru.

    • auroreinparis dit :

      J’avais ta critique en tête et j’avais juste peur de ce dernier tiers mais il m’a au contraire passionnée, il y a eu qq longueurs en milieu de film en revanche, qui ressemblai pê à un tâtonnement.

  4. Livy dit :

    Un film exceptionnel malgré quelques longueurs. Alors ok, mon objectivité connaît quelques failles puisque je voue un culte à Ozon depuis bien longtemps. J’apprécie ses tensions et ses scénarios « borderline ». Mais voilà, ces derniers films, tout en se laissant regarder, faisaient un peu « cheap ». Et là, je suis juste heureuse de l’avoir retrouvé, magistral. Une bonne surprise de 2012.

  5. filou49 dit :

    j’ai enfin vu le film aujourd’hui et je partage totalement ton enthousiasme: un très grand cru 2012 pour Ozon, et un film pour moi extremement brillant de bout en bout d’une richesse et d’une complexité folle!!!

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