12 years a slave – Steve Mac Queen

2Ce film était celui que je ne voulais pas rater cette semaine, l’histoire vraie de Salomon Northup manipulé, roulé puis kidnappé, et enfin vendu en tant qu’Esclave en 1841. Cet homme libre, mais noir, vivra l’histoire de centaines d’autres, une horreur au pays de l’esclavage. Dépouillé de son identité, il a passé 12 ans dans des plantations à vivre sous les coups de fouets et les humiliations. Ce grand violoniste, renommé Platt, est un des rares rescapés de ces enlèvements ignobles.

C’est un grand film historique, porté magnifiquement par Chiwetel Ejiofor.  Le film ne passe pas par quatre chemins, arrive sans détour au sujet, j’ai aimé le côté droit au but sans fioritures ni pathos. C’est une fresque historique très soignée et qui m’a semblé très juste, émouvante et souvent choquante. J’ai parfois eu envie qu’il se rebelle comme dans Django et tue tous ses oppresseurs ! Mais dans la vraie vie les esclaves appartenaient à leurs Maitres et dépendaient d’eux comme des choses, traités pires que du bétail. 

Je suis fan du travail de Steve Mac Queen qui livre des œuvres belles et douloureuses avec des acteurs fascinants, on se rappelle de son dernier Shame qui m’avait beaucoup remué. Dans cette oeuvre historique on retrouve cet esthétisme dénué de lyrisme larmoyant. Ce film est brut et beau, porté par des protagonistes terriblement justes. Pour le bémol j’ai trouvé les scènes de fouet nombreuses et très bouleversantes, et je n’ai pas su si ça servait réellement le propos …

Le regard porté sur le passé, cette étude d’un système aujourd’hui considéré comme révoltant semble plutôt objective, et sonde les turpitudes de l’être humain, les tréfonds de son âme malsaine à échelle collective. C’est aussi, en montrant le passé, une manière d’avertir les générations présentes et à venir, on est jamais à l’abri de basculer dans des systèmes de ce type, il y a, au cours du temps, toujours eu des relents de racismes malsains qui ont conduit certains à se penser supérieurs à d’autres. Dans ce film, le réalisateur réussit l’exploit de remuer les entrailles sans sensiblerie. Personnellement, la scène qui m’a tirée des larmes est la dernière, tant je me sentais soulagée et en même temps en prise de conscience des 2h qui venaient de s’écouler.

Entre film d’auteur et film commercial, 12 years a slave relève un pari difficile. Au fond de moi j’ai quand même une petite voix qui s’est dit suite au visionnage du film, que l’on est tombé dans un manichéisme un peu facile et un peu complaisant. Si le film est d’une réalisation très efficace, il y a aussi cette petite chose qui me gêne, à force de sonder l’âme humaine malsaine, on oublie que ce sont des lois économiques qui ont permit à ces horreurs d’exister. L’appât du gain comme forme ultime de perversité … En même temps, il est tiré d’un roman, et pour avoir un avis objectif du résultat de l’adaptation cinématographique, il me faudrait le lire.

Je ne peux que vous conseiller d’aller le voir et de vous forger votre avis. Dans tous les cas c’est un grand film.

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18 réflexions sur “12 years a slave – Steve Mac Queen

  1. filou49 dit :

    j’ai vu le film aussi en avant première ( mais comme tu le sais je tarde toujours pour le chroniquer) et personnellement j’aime le film sans aucune réserve…c’est pour moi un immense film notamment par sa mise en scène et ses plans séquences parfois à la limite du soutenable mais qui m’ont semblé necessaires et d’une puissance totale… pour ma part, je ne déplore pas du tout le fait qu’on ne parle pas des origines- et notamment économiques- de l’esclavage car tout est vu sous le regard de Salomon donc le coté partial ne me dérange pas, et puis sinon on aurait eu un truc scolaire et un peu didactique à la Amistad :o) et j’avais peur que le film soit un peu trop froid et désincarné car débarassé de tout sentimentalisme or, j’ai pleuré au meme endroit que toi donc pour moi c’est une réussite totale… bonne fin de we à toi!!

    • auroreinparis dit :

      J’ai des réserves mais c’est vrai que du point de vue intime de l’homme, on ne pouvait pas montrer les choses d’un point de vue administratif … Il y a deux scènes qui m’ont émue énormément ( ATTENTION SPOILER) : la scène de fin évidemment , mais aussi et surtout celle où il se met à chanter lui aussi, comme s’il acceptait sa condition, et c’était super poignant. C’est un très grand film, c’est indéniable, je ne pourrai et ne dirai pas le contraire !
      Merci pour ton commentaire , et courage pour lundi !

  2. céline dit :

    Comme toi celui là fait partie des films que je veux absolument voir! Mais en VO donc je dois trouver le moment où les horaires de mon ciné d’art et d’essai et mon emploi du temps concordent! Bientôt j espère 🙂

  3. Stéphane dit :

    Aurore, j’ai acheté le livre en sortant du cinéma. Le livre est à la limite encore plus fort. Petite précision: ce n’est pas un roman. C’est une autobiographie (incroyablement bien écrite qui plus est) dénuée de tout manichéisme.

    PS: tu es toujours agréable à lire 😉

  4. Rouge velours dit :

    Je ne l’ai pas vu mais tu ne donnes envie de le voir.
    C’est un sujet qui m’a toujours bouleversée! Enfant, je ne supportais pas de voir les noirs esclaves dans les films. Je détestais les blancs qui les utilisaient pour s’enrichir.
    J’ai toujours défendu les faibles.
    Pour moi, un film à voir assurément!

  5. Livy dit :

    Il faut absolument que j’aille le voir, il fait bien sur partie du haut de ma liste (si le temps ne venait pas autant à manquer !!)
    J’avoue que je redoute l’aspect complaisant que tu évoques, c’est d’ailleurs souvent le gros hic des fresques humaines comme celles-ci. Néanmoins, je m’en voudrais de passer à côté car je pense qu’il laisse à réfléchir et traite d’un sujet de fond, que nous aurions bien tort d’ignorer. Nul doute qu’il ne me tire les larmes aussi !

  6. groniec dit :

    Je suis absolument pas fan de ce genre de films d’habitude que je trouve souvent moralisateur. Mais là j’ai vraiment aimé 12 years a slave. Chiwetel Ejiofor est vraiment excellent, tout comme Michael Fassbender. C’est vraiment un film qui m’a plus, extrêmement bien filmée, en particulier (SPOILER) cette scène des coups de fouets que Solomon doit donner à Patsey. Le traitement du personnage était vraiment bon et juste.
    Tu dis que le film est « tombé dans un manichéisme un peu facile et un peu complaisant ». Je sais pas trop si on peut dire ça. Le problème c’est qu’il y a peu de films sur ce sujet et qu’ils ne sont souvent pas très bien traités. Là je trouve qu’il évite justement ce manichéisme. Il tombe surtout sur de gros tarés/sadiques/et j’en passe. C’est aussi une question de société de l’époque. Bref on peut pas vraiment faire un débat là-dessus. Je trouve que Steve McQueen a vraiment fait du très bon boulot.

    • auroreinparis dit :

      Je trouve aussi que son travail est tout à fait saisissant et je termine en disant que c’est un grand film. Onvoit quand même vachement l’évolution dans ses films J’ai vu Hunger , et il n’y a casi que des plans fixes. Il garde un peu ça dans le dernier, ce qui donne un vrai cachet à un film qui aurait pu virer complètement commercial et Hollywoodien. Il est fort bien réalisé il faut l’avouer ! Après j’ai soulevé des questions, des points mais c’est vrai qu’on ne suit que la vie d’un homme, et pas d’une société dans son ensemble !
      Merci pr ton commentaire !

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