L’année Bissextile

L’année bissextile – Ano Bisiesto réalisé par Michael Rowe

C’est un film dont je ne sais toujours pas ce que je pense, qui m’a laissé profondément confuse et perplexe. Il m’a remuée, il m’a dérangée. J’ai aimé, et j’ai détesté. J’ai compris, et j’en sors ignorante. Il m’a surprise, et je l’attendais. Il est choquant, et finalement, c’est juste l’ennui.

Laura a quitté sa province mexicaine, et exerce le beau métier de journaliste free lance dans son deux pièces miteux de Mexico. Laura, on la voit manger des haricots en boite, se toucher en regardant ses voisins, fumer, téléphoner à sa mère, et ramener des types pas très affectueux chez elle. Mais surtout Laura est l’ennui et le dégout de la vie, en personne, montée sur deux pattes et dotée d’une paire de seins. Tous les jours, la jeune femme coche un jour sur son calendrier. Très vite on comprend pour quelles sinistres raisons, mais je ne dirai rien, au cas où un visiteur aurait l’idée incongrue et farfelue de se rendre dans une salle obscure pour analyser cette œuvre.

 

C’est long comme un jour sans pain, sans vin et sans Boursin. C’est lent comme un escargot en digestion. Et c’est obscène jusqu’à l’indécence.  Et pourtant. Pourtant c’est la vie, nue, sinistre et obscure, ennuyeuse au possible, la vie que l’on remplie en attendant la mort. La solitude obscène, la solitude grotesque… Alors, elle baise. Et elle se balade nue. Parfois, elle revêt un pyjama. Elle dine devant la télé, et puis elle perd son job. Et elle rencontre un homme. Une relation de violence et de tendresse, d’une dureté impitoyable, une relation sado-masochiste où la culpabilité de l’héroine peut s’exprimer à plein, s’ensuit. Ce qui transpire le plus dans cette heure et demi, c’est le désespoir le plus royal, et le plus humble. Et le plus muet, parce qu’elle ne se plaint pas.

 

Je ne saurais dire. Ni si j’ai aimé. Ni si je le conseillerais. Je peux juste dire qu’il est superbement filmé, la mise en scène est dépouillée comme cette vacuité dans laquelle l’héroïne s’enfonce. Huit clos, et plans fixes, et longs silences. On se sent tendu comme un fil, sur le point de craquer,  on se sent presque asphyxié par les émotions, même ténues, qui traversent la jeune femme. Le lieu unique, ce foyer triste, provoque une promiscuité forcée avec le personnage principal, ceci pour nous plonger dans le même état de solitude émotionnelle qu’elle.

Je peux dire également que l’actrice, Monica Del Carmen, réalise une performance déchirante et admirable. Le film a reçu la Camera d’or lors de la Quinzaine des réalisateurs du festival de Cannes 2010 ( jury présidé par Gael Garcia Bernal :p ).

 

A ne pas mettre devant tous les yeux. Film de toute manière interdit aux moins de 16 ans.

 

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2 réflexions sur “L’année Bissextile

  1. Sylvain Apo dit :

    J’ai vu ce film inclassable moi aussi, parce qu’il était recommandé par « mon ami » Pierre Murat de « Télérama », mais j’aurais été incapable d’en parler aussi bien…félicitations à l’auteur de cette chouette critique (aussi « chouette » que l’héroïne du film, qui s’ennuie le jour et sort / vit la nuit).

  2. Aurore Rimbod dit :

    Sylvain, moi aussi c’est « mon ami » de « Botzaris » qui m’en a parlé. Du bouche à oreille, comme qui dirait. Et merci de m’avoir glissé ce nom de film à l’oreille, parce que je ne regrette pas de l’avoir vu.

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