Un coup de poing et de coeur – Des hommes et des dieux

Des hommes et des dieux – Xavier Beauvois

Inspiré du fait divers survenu dans les années 1990, ce film de Xavier Beauvois relate la vie de moines Cisteriens de Tibéhirine en Algérie de 1993 à leur enlèvement en 1996. Appelé le « massacre de Tibéhirine« ,  celui ci a fait coulé beaucoup d’encre, notamment sur les responsabilités concernant la mort de ces moines suite à un rapt par le GIA ( Groupe Islamique armé ) emmené par Djamel Zitouni, groupe qui demandait en échange des huit prêtres la libération de plusieurs des leurs. Les moines ont été retrouvés assassinés le 30 mai 1996 après deux mois de détention. Seules leurs têtes sont retrouvées, les corps ont disparu à jamais.

Aujourd’hui l’affaire concernant une potentielle bavure des autorités militaires Algériennes ainsi qu’une manipulation du groupe Islamiste par l’armée, est entre les mains de la justice, et donnera lieu prochainement à des auditions afin de tirer l’affaire au clair. Ce film est donc d’une actualité brulante malgré l’ancienneté des faits.

Ces moines sont-ils des victimes collatérales d’une guerre qui a fait des milliers et des milliers de morts parmi la population du pays, sont-ils les oriflammes d’une violence sans limite, et aveugle, sont-ils des morts stratégiques et emblématiques ? Le film ne se penche pas tellement sur la question du complot et des manipulations , il nous raconte merveilleusement une décision collégiale de se maintenir dans leur monastère malgré la violence qui s’amplifie et la terreur régnante, le risque grandissant de se voir exécuter. Ils couraient de graves dangers, mais ne se sont pas résolus à abandonner la population, une population souffrante et livrée à la terreur et aux massacres. Perclus de doutes, mais soutenus par leur foi, ils refusent la protection de l’armée, et décident de rester ensemble, soudés dans leur fraternité.

 

Ce film est beau, il ne renvoi à aucun prosélytisme. Ces moines, ancrés dans leur monastère perché dans les Montagnes du Maghreb, vivent en parfaite harmonie avec leurs frères Musulman. Les acteurs sont époustouflants, la réalisation épurée transcende ses sept sujets principaux , la grâce touche manifestement chaque plan de cette œuvre. J’ai été émue au delà du dicible, sans pour autant être orientée dans mes émotions, et sans ressentir un besoin de jugement, on ressent les faits jusqu’au fond de soi.  Pas de discours anti-terroriste, juste des hommes, des moines, des combattants, une population blessée , tout cela dans un magnifique pays qui n’en finit plus de souffrir. Une scène remarquable m’a particulièrement bouleversée : le visage de chaque moine à l’écoute du Concerto pour violon de Tchaikovsky. Une merveille d’intensité.  Ce film aurait presque pu déclencher chez moi une dévotion quasi religieuse …

Si je devais résumer ce film, je le résumerais par cette phrase de Frère Luc, dite avec un sourire plaisantin ( interprété par Michael Londsale) : « Laissez passer l’homme libre« .  Libéré de la crainte de la mort, celle qui délivre l’Homme d’une vie sur terre …

Cette oeuvre magistrale a reçu le prix du jury au festival de Cannes.

3 réflexions sur “Un coup de poing et de coeur – Des hommes et des dieux

  1. Rygo dit :
    Avatar de Rygo

    Tu as raison Giao, il ne faut pas se fier qu’à un seul avis.
    Dans ma critique, j’ai pas parler du fond… Or c’est quelque chose d’important dans ce film.
    Bel article Aurore.

  2. giao dit :
    Avatar de giao

    Rygo, ne viens pas trop ici, le niveau de rédaction est si élevé que je m’y reprends désormais à deux fois pour écrire mes articles depuis que j’ai découvert ce bel endroit !

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